Le cri de mon âme
Quand la vie te secoue, c’est qu’elle veut te réveiller
Il y a des gens qui se réveillent un matin avec une révélation soudaine, un éclair de génie, un « Eurêka ! » qui change le cours de leur vie. Moi, ce n’est pas du tout ce qui s’est passé.
Non, moi, c’est mon âme qui a crié. Un cri sourd, profond, étouffé sous des années de silence et de souffrance. Mais à force de l’ignorer, ce cri est devenu un hurlement. Il a pris la forme de dépressions, d’angoisses, de mal-être incompréhensibles. J’ai longtemps cru que c’était une fatalité, que la vie était une épreuve à endurer. Et puis… il y a eu des événements qui ont tout changé. Des secousses qui m’ont fait passer du statut de spectatrice à celui d’actrice de ma propre vie.
La dépression. Mais pas la petite déprime passagère, non. Une dépression qui m’amenait lentement, mais sûrement, vers la mort.
Mes enfants. Parce que si je ne trouvais pas la force de me battre pour moi, je devais au moins le faire pour eux.
La prise de conscience du temps qui passe. Un jour, je partirai. Un jour, ma vie prendra fin. Et si je continue ainsi, je partirai sans avoir jamais été pleinement moi-même. Je ne veux pas partir comme ca.
Et c’est là que tout a commencé.
« J’ai lutté contre moi, j’ai crié, j’ai souffert, esseulé dans la nuit de mon âme blessée, et, ma vie en lambeaux je sors de mon enfer, car j’ai trouvé l’enfer au fond de ma pensée. »
Albert Giraud
Une enfance entre force et fractures
Petite, j’étais ce qu’on appelle une « vieille âme ». Pas parce que j’avais des rides avant l’âge, mais parce que j’ai dû grandir trop vite.
Mes parents se sont séparés, et j’ai vécu avec ma mère, mes frères et sœurs. Maman, une femme forte mais cabossée par la vie, a fait ce qu’elle a pu. Elle nous a élevés avec courage, mais pas toujours avec tendresse. Pas le temps pour ça. Son amour passait par le sacrifice, et moi, j’ai pris le relais. J’ai enfilé mon costume de « petite maman », prenant soin des autres alors que, moi-même, je cherchais désespérément quelqu’un pour prendre soin de moi.
Puis est arrivé celui qui aurait dû être une figure paternelle. Mais au lieu d’un père, c’est un monstre qui a pris place dans ma vie. Un beau-père inceste.
Et là, le silence. La peur. La honte. L’impression d’être réduite à un objet, de ne plus être qu’une ombre.
Alors j’ai fait ce que font beaucoup de survivantes : j’ai enfilé des masques. J’ai joué la femme forte, l’indépendante, celle qui rit, qui avance, qui réussit. Mais à l’intérieur, j’étais brisée.
Chercher l’amour, se perdre et se retrouver
Quand on n’a jamais reçu l’amour dont on avait besoin, on passe sa vie à le chercher partout. Moi, je l’ai cherché dans le regard des autres. Dans la séduction, dans le besoin d’être aimée, désirée, validée.
Je me suis jetée dans une relation comme on se jette à l’eau sans savoir nager. J’ai cru que l’amour pouvait réparer mes blessures. Mais en réalité, je ne faisais que fuir.
J’ai suivi le schéma parfait de la « bonne petite femme », celle qui fait ce qu’on attend d’elle. Couple, enfant, maison, carrière. Et pourtant, à l’intérieur, je suffoquais.
C’est après la naissance de ma fille que le deuxième cri de mon âme est venu : « Bats-toi. »
Alors j’ai pris mes bagages, ma petite famille, et je suis partie. J’ai mis de la distance avec mon passé, mais mon passé, lui, était toujours là. Il s’accrochait à mon corps, à mon mental, à mes émotions.
« Le plus fort est celui qui arrive à se reconstruire après avoir été brisé »

